Le Passé du Futur

Partie 4 - Le meurtre
Chapitre 1 - Ce qu’a vu Augustine - Jeudi 5 Juin 2026 – 7h
Ce jour-là Augustine arriva à son bureau de bonne heure. Pour pouvoir partir plus tôt, elle avait demandé à Karima de venir à 7h pour s’occuper des enfants. Elle devait préparer avec son patron Pierre Lenormand et Simon Bétrisey son collaborateur une réunion internationale au cours de laquelle ils annonceraient le lancement en France du nouveau produit « Assurauto Bonus 50%” et du casque de « Neurostat». Elle aimait bien de temps en temps avoir ainsi une occasion d’arriver avant tout le monde à son travail.
Elle persistait, moyennant un péage important, à utiliser une voiture personnelle dans Paris. Cela devenait hors de prix mais son entreprise avait accepté de lui payer ce péage. Dans sa société d’assurances « Axalliance », ils n’étaient que vingt deux sur huit mille à avoir ce privilège. La grande majorité ne travaillait que 24 heures par semaine sur place, les 24 autres heures étant travaillées à l’extérieur grâce au télétravail ou en open office. La semaine de 48 heures avait été décrétée depuis le 1er Janvier 2023.
Comme d’habitude, elle monta au 35ème étage et sortit de l’ascenseur pour tourner à gauche vers son bureau. Elle ne comprit pas pourquoi la lumière du couloir ne s’alluma pas automatiquement, comme d’habitude, grâce au détecteur de mouvement. Pour économiser l’énergie, dans la plupart des bureaux, la lumière des couloirs s’éteignait au bout 2mn 30s si aucun mouvement n’y était détecté.
Lorsque la porte de l’ascenseur se referma, Augustine se retrouva dans l’obscurité et seules les lumières d’alerte incendie diffusaient leur lueur verdâtre, ce qui permettait de ne pas être dans une obscurité totale.
Elle aperçut une ombre qui se dirigeait à pas précipités vers l’escalier de secours.

- Qui est là ? cria t’elle 
Elle avança à tâtons jusqu’à la porte de son bureau. Son pied heurta quelque chose qu’elle n’avait pas vue. Elle baissa les yeux. C’était un corps. Qui avait pu pénétrer jusque là et s’allônger ainsi à terre, face contre le sol ? Probablement un de ces si nombreux malheureux au chômage qui trainaient dans les rues, et qui, par ces grands froids de janvier, avait réussi à pénétrer dans les locaux pendant la journée. Il s’était probablement laissé enfermer dans l’immeuble en se cachant dans des toilettes ou dans un placard.
Elle donna un petit coup de pied à la hauteur de la taille du corps. Et elle dit assez fort :
- Monsieur, eh Monsieur ! Réveillez-vous !
Le corps ne bougea pas.

- Qu’est-ce qui se passe ici ? Qui est là ? Qui parle ? C’est vous Augustine ?
C’était, dans la pénombre, la voix de M. Lenormand, le patron de la société. Son bureau et celui d’Augustine étaient au même étage. Il avait à la main une lampe de poche LED dont il dirigea le faisceau vers Augustine.
- Oui Monsieur. Ah vous êtes là ? Ecoutez il y a un corps ici : sans doute un clochard qui s’est endormi.
M. Lenormand dirigea le faisceau blanchâtre de sa lampe vers Augustine. Au moment où il s’apprêtait à retourner le corps, la porte de l’ascenseur s’ouvrit, ce qui dissipa violement la pénombre l’espace d’un instant.
C’était Amandine Dupin, la collaboratrice de Lenormand. Chaque jour, elle arrivait tôt pour que toutes les notes mentales qu’avait laissées son patron la veille soient mises en mots écrits au moment de l’arrivée de Lenormand, à 9 heures précises. La lumière de l’ascenseur lui laissa entrevoir le corps :
- Mais… qu’est ce que c’est, dit Amandine Dupin.

Quand la porte de l’ascenseur se referma, tout revint dans la pénombre blafarde des lumières d’alerte.
Quelques secondes après, brutalement, la lumière revint et illumina le palier et les bureaux de l’étage.
M. Lenormand retourna le corps. Alors on put voir le visage. Chacun eut une hésitation : le crane était complètement chauve.

Puis Amandine Dupin poussa un cri de terreur.
- Mais c’est Simon ! s’écria t’elle, puis se tournant vers Lenormand et Augustine :
- Mais regardez, c’est Monsieur Bétrisey. Et il est…chauve.
Augustine devint blême et ne prononça pas un mot. Elle était en état de choc. Peu à peu émergea en elle le souvenir de tous les moments féconds passés avec Simon. Grâce à lui, ses recherches avaient avancé rapidement. Elle regrettait de ne pas avoir mieux fait connaître son rôle essentiel dans la conception des nouveaux produits.

M. Lenormand recula et secoua la tête d’un air incrédule.
Le visage de Simon Bétrisey avait un masque de crainte, de terreur et de douleur. Comment peut-on lire avec tant de précision des traces de sentiments sur un visage ? se dit Augustine. Puis elle regarda plus attentivement le corps allôngé près d’elle. Aucune blessure apparente. La veille encore elle l’avait vu avec ses cheveux impeccablement coiffés. Pourquoi s’était-il rasé le crane ainsi ? Simon était toujours coiffé et habillé* d’une façon impeccable. Tout le monde se moquait même de ses pantalons aux plis parfaits.

On ne voyait sur lui aucune de trace de coup ni de blessure. Peut-être après tout n’était-il pas mort ? Peut-être était-ce un malaise ? Augustine se pencha vers le corps. A ce moment Simon se releva brusquement, poussa un grand cri, comme celui de quelqu’un qu’on veut étrangler ou étouffer, puis il regarda Lenormand comme s’il voulait dire quelque chose, tendit un bras vers Augustine et enfin il s’écroula, les yeux ouverts, la face vers le ciel. M. Lenormand, Augustine et Amandine Dupin furent saisis de stupeur. Le corps restait immobile.

Augustine s’approcha, se mit à genoux et posa une oreille sur la poitrine de Simon. Après quelques interminables secondes elle se releva en disant :
- Son cœur ne bat plus, je vais essayer de le ranimer par massage cardiaque.

M. Lenormand prit son smart-assistant, en ouvrit l’écran et dit « urgences ».
Aussitôt, on entendit :
- Ici les urgences de Paris-Centre. En quoi puis-je vous être utile ?
- Ici M. Lenormand, Président de la société Axalliance. Nous avons quelqu’un qui est très mal dans nos bureaux. Son corps ne bat plus, nous essayons de le ranimer.
- Nous arrivons dans moins de 5 minutes, notre réseau Wifilan nous indique que vous êtes au 90 bd Montparnasse, est-ce exact ?
- Oui.
- Quel étage ?
- 35ème.

M. Lenormand tourna les yeux vers Augustine comme s’il hésitait. Après quelques secondes, il dit :
- Amandine, s’il vous plait, pouvez-vous venir dans mon bureau?

Lenormand se dirigea vers son bureau suivi de sa collaboratrice et la porte se referma sur eux.
Augustine resta seule dans le hall d’entrée de l’étage, seule avec le corps qu’elle essayait de ranimer.
- Simon, Simon, tu m’entends ? Si tu m’entends cligne des yeux.

Augustine se pencha sur le visage de Simon: aucune réponse, aucune respiration.
Elle commença alors à faire en alternance 30 massages cardiaques et deux insufflations en bouche à bouche. Puis elle écouta la respiration de Simon : toujours rien.
Elle recommença.
Elle pensa alors qu’elle avait été surprise de l’attitude plutôt froide de Lenormand. Chacun des mots qu’il avait prononcé quand il avait téléphoné aux urgences résonnait dans ses oreilles avec une netteté impressionnante. « Nous avons quelqu’un qui est très mal dans nos bureaux. Son corps ne bat plus…, Et puis il était retourné si vite dans son bureau avec Amandine. Malgré les efforts pour le ranimer, Augustine était sûre maintenant que Simon était mort, et que la cause de cette mort était de toute évidence un crime. Sans savoir pourquoi, elle en avait la certitude. Simon, jusque là, était en pleine forme, une vraie force de la nature. Il n’y avait aucune raison qu’il ait eu un malaise aussi étrange de son propre fait. Quelqu’un avait surement provoqué cette syncope. Et puis il y avait cette expression de terreur de Simon.
D’ailleurs pourquoi Lenormand était-il rentré si vite dans son bureau avec Amandine ?
Ses idées tournaient en rond. Elle se reprocha à elle-même de faire ces réflexions plutôt que de se concentrer sur ses mouvements de réanimation. Mais elle était seule avec ce corps et était en train de perdre courage.

Il était 8h10 quand la porte de l’ascenseur s’ouvrit à nouveau. Les premiers secours arrivaient : quatre hommes et trois femmes. Deux portaient un brassard avec une croix rouge et quatre avaient des tenues de pompiers. Il n’y avait pas de représentant de la police.
Le pompier qui dirigeait ces secours dit à Augustine:
- Madame nous allôns prendre le relais. Merci de votre aide.
Les deux secouristes au brassard à croix rouge se penchèrent sur Simon.

- Cela fait combien de temps que vous essayez de le ranimer ?
- Environ une demi-heure.

Il regarda les secouristes comme pour leur dire : Alors ? Ils hochèrent la tête d’un air dubitatif, comme pour lui répondre: il n’y a plus beaucoup d’espoir.
Ensuite, à l’aide de son smart-assistant, il prit une vue panoramique du lieu en 3D.
Augustine remarqua que cet homme avait sur la joue droite une sorte de grosse verrue.
Il demanda :
- Y a t-il un responsable ici ?

Augustine, qui s’était relevée, se présenta.
- Mon nom est Augustine Fabre, directrice des recherches dans cette société.
- Avez-vous appelé la police ?
- A ma connaissance M. Lenormand a appelé les services d’urgence, mais pas la police.
- Qui est ce Monsieur Lenormand ?
- C’est le patron de la société.
- Il est ici ?
- Oui, il est rentré dans son bureau tout à l’heure. C’est la porte qui est là, je vais vous accompagner.

Ils allèrent vers la porte, Augustine frappa deux petits coups de son index replié. Aucune réponse.
Augustine prit alors sur elle d’ouvrir la porte et d’entrer. A sa grande surprise, seule Amandine Dupin était présente, debout au fonds de la pièce. M. Lenormand n’y était pas.

L’homme à la verrue demanda :
- Mais où est ce Monsieur Le…normand ?
Amandine répondit comme si c’était une évidence:
- Mais il est parti quelques instants. Il m’a dit qu’il en avait pour dix minutes maximum.
- Et ça fait combien de temps qu’il est parti, maintenant ?
- Cela fait exactement 9 minutes. J’ai regardé ma montre justement au moment où il a quitté ce bureau. Il ne devrait pas tarder maintenant.

Effectivement, Augustine vit Lenormand réapparaitre par une porte située derrière le bureau. Augustine ne savait pas bien où menait cette porte, elle ne se l’était jamais demandée. Probablement à un escalier de secours ou à une salle d’eau, comme elle en avait une, elle-même, au fonds de son bureau. C’était le cas dans tous les bureaux de direction.

Augustine trouva que Lenormand avait l’air surpris :
- Mais que faites-vous dans mon bureau ? Augustine, c’est vous qui êtes entrée ? Et qui est ce Monsieur ?
- Je me présente, Monsieur, adjudant de pompiers Jean-Marc Messager de la 7ème brigade, puis-je vous demander votre nom ? En l’absence d’un officier de police, je dois, lorsqu’il y a une personne apparemment décédée, prendre les noms de toutes les personnes présentes au moment de la découverte du corps. Je dois aussi vous demander de rester ici jusqu’à l’arrivée de la police. Vous n’avez pas appelé la police ?
- Non je pensais que…

Messager ouvrit son écran et dit « police ».
Aussitôt on entendit la réponse car l’adjudant Messager avait, selon les consignes, laissé le haut parleur ouvert:
- Ici police Paris Centre, commissariat Vaugirard, agent Albert Béroud que puis-je faire pour vous ?

Jean-Marc Messager, l’homme à la verrue, se présenta et décrivit la situation en quelques mots. Il insista en disant qu’il était dans le bureau du patron de la société Axalliance. La réponse fut immédiate :
- Nous arrivons dans 5 minutes, mon adjudant. D’ici là prenez une vue panoramique 3D et un portrait volumétrique de chaque personne présente au moment de votre arrivée avec leur nom.
- C’est fait.
- Bon alors, envoyez-nous cela au code qui s’affiche sur l’écran. Bien reçu merci.
- C’est au 35ème étage.
- Oui merci, nous vous avons repéré grâce à votre écran. Neutralisez aussi l’accès à l’étage. A tout de suite.
- Mais…

On put entendre un léger bruit qui indiquait qu’Alfred Béroud avait éteint son écran.
L’adjudant Messager donna immédiatement ses ordres:
- Vous deux, bloquez l’escalier et vous trois mettez-vous chacun devant une porte d’ascenseur.

Il était temps car la petite lampe basse tension située au dessus d’une des trois portes d’ascenseur s’alluma. Elle s’ouvrit. Une dizaine de personnes s’apprêtaient à sortir et furent refoulées par l’équipe de l’adjudant. Il était 8h55 et le travail commençait à 9h.

- Vous ne pouvez pas sortir de l’ascenseur à cet étage. Merci de redescendre au rez-de-chaussée.

Certains apercevant Augustine lui crièrent :
- Mais Augustine que se passe t-il ?

Lenormand se dirigea vers dans son bureau avec Amandine Dupin. Il allait fermer la porte quand l’adjudant Messager lui dit :
- Monsieur, nous vous demandons de garder votre porte ouverte.
- Mais c’est inadmissible, je suis le patron de cette société. Je veux bien, évidemment me tenir à votre disposition, mais j’ai du travail et j’ai des rendez-vous urgents.
- Monsieur, c’est impossible, vous devez attendre l’arrivée de la police. L’adjudant consulta alors son écran et dit :
- Sécurité immeuble 90 bd Montparnasse.
- Ici sécurité immeuble, nous vous écoutons.
- Allô ? Le service de sécurité de l’immeuble ? Ici l’adjudant de pompiers Messager et il montra sa carte à l’écran. Pouvez-vous bloquer l’accès au 35ème étage ? Ce n’est pas possible ? Il faut bloquer tous les ascenseurs ? Eh bien, bloquez tout, en attendant que la police arrive.
On entendit à l’écran :
- Mais vous vous rendez compte ? 8 000 personnes vont entrer dans la demi-heure qui suit.

Augustine entendit alors les sirènes caractéristiques des véhicules de police en SGU (Situation de Grande Urgence). Leur sonnerie stridente parvenait jusqu’au 35ème étage, car la fréquence sonore était calculée pour traverser toutes les vitres et parois anti-bruit. Après quelques minutes, on vit des gens qui avaient déjà monté à pied les 35 étages et tambourinaient à la porte qui donnait sur l’escalier. Cette porte était gardée par deux personnes seulement.
Les policiers, quand ils étaient arrivés en bas de l’immeuble, avaient été complètement bloqués. Ils ne parvenaient pas à se frayer un passage à travers la foule qui tentait d’entrer.

Finalement, pour accéder au 35ème étage, la police décida d’utiliser un hélicoptère.
Augustine fut surprise quand elle vit à travers la fenêtre cette sorte de gros insecte sur lequel était marqué « Police » et qui se balançait au dessus de la fenêtre. Pourquoi de tels moyens pour un homme dont on ne savait même s’il était mort par accident ou s’il avait été assassiné ?
Un homme suspendu à un filin sortit de l’hélicoptère et s’agrippa au sas de sécurité qui permettait d’atteindre chaque étage depuis l’extérieur. Quand le sas fut ouvert, Augustine vit 10 autres personnes descendre le long du filin et pénétrer dans l’étage. Tout de suite un homme se dirigea vers le cadavre avec une mallette à la main.

Le chef de ce groupe était une femme: elle s’appelait Annie Delaunay. Etant donnée sa relative corpulence et son âge apparent, Augustine fut étonnée qu’elle ait pu descendre si facilement le long du filin de l’hélicoptère et entrer dans le bâtiment. Un bon entrainement sans doute. Jean-Marc Messager vit à son uniforme qu’elle était commissaire donc d’un grade supérieur au sien. Annie Delaunay se dirigea vers lui :
- Adjudant, puis-je vous demander pourquoi vous les ascenseurs sont bloqués ?

Jean-Marc Messager se mit au garde à vous, salua le commissaire et répondit :
- Mais commissaire, c’est parce qu’on ne peut pas bloquer un seul étage, c’est tout ou rien.
- Adjudant, vous vous rendez compte que plusieurs milliers de personnes attendent dans le froid sans pouvoir monter dans les quarante cinq étages et que mes hommes sont immobilisés en bas ? Je vais prendre le commandement si vous le voulez bien.
Curieusement, Jean-Marc Messager parut plus soulagé que vexé par ces remarques et répondit instantanément :
- A vos ordres, commissaire.

Annie Delaunay réunit autour d’elle ses policiers et le personnel de Jean-Marc Messager, à l’exception de ceux qui étaient déjà postés devant les portes de l’escalier et des ascenseurs.
- Je demande des volontaires pour aider vos collègues pompiers : deux de plus vont se mettre devant la porte de l’escalier et un de plus devant chaque porte d’ascenseur. Cela sera suffisant pour empêcher les gens de pénétrer à cet étage. A ceux qui veulent entrer dites que l’étage est inaccessible pour l’instant sans donner de raisons. Adjudant, mettez-vous en rapport avec le service de sécurité du bâtiment et demandez qu’on rétablisse les ascenseurs.

Puis elle prit son smart-assistant et appela ses hommes qui restaient bloqués en bas :
- Nous allôns rétablir les ascenseurs. Surtout pas de panique : expliquez aux gens que tous les étages sont accessibles sauf le 35ème. Déroulez aussi un grand écran électronique indiquant que le 35ème est inaccessible pour l’instant.
Puis se tournant vers l’adjudant en mettant le doigt sur le haut-parleur de son smart-assistant pour que sa question ne soit pas entendue de tout le monde:
- Combien y a t-il de portes d’ascenseurs en bas ?
L’adjudant répondit :

- En bas, j’en ai vu 8… euh ! non 12 je crois. Ils ne desservent pas tous cet étage, je crois. Désolé mais dans la précipitation je…
- Ce n’est pas grave. Je comprends que dans l’urgence, ce n’était pas le plus important. Puis elle rappela le personnel resté en bas.
- Allô ? Oui, dès que vous le pourrez, mettez un homme en bas de chaque ascenseur au rez-de -chaussée.
- Un homme ou une femme ?
- Aucune importance.

Elle remit son smart-assistant dans la poche gauche de sa veste, à hauteur de sa poitrine qu’elle avait assez opulente. Elle dit à un jeune homme qui était à côté d’elle depuis le début et dont Augustine pensa qu’il devait sans doute être un stagiaire :
- Vous voyez mon petit Daniel, en tout temps, il faut agir avec un esprit rationnel : c’est la meilleure formation° que je peux vous donner. Bon, maintenant nous allôns pouvoir commencer notre enquête. Que personne ne s’approche du cadavre. Docteur Morel, vous avez examiné cet homme ? Quel est votre diagnostic ?
- Il est mort il y a moins de deux heures. Aucune trace de coup ni de blessure. Il ne semble pas avoir été poussé ou jeté à terre : apparemment il n’y a pas eu de bagarre.
- Rien d’autre ? Il est maintenant 9h10, la mort clinique remonte donc vers 7h10 ?
- Oui, à quelques minutes près. Nous pourrons vous donner l’heure exacte après l’examen en labo.
- Oui, c’est important. Rien d’autre ?
- Si, une chose curieuse : le visage est marqué par un faciès de terreur. Pour le moment, je ne vois aucun autre symptôme extérieur. Quand pourrai-je descendre pour l’emmener au labo ?

Il déroula un linge sur le corps de la victime.
- Dès que nos personnels auront rétabli et libéré les ascenseurs.

Annie Delaunay marqua un temps d’arrêt.
- Bien. Qui était là quand on a découvert le corps ?
- Augustine, Lenormand et Amandine Dupin firent un signe de la main.

A ce moment la porte d’un des ascenseurs s’ouvrit. Immédiatement, les gens à l’intérieur voulurent sortir. Ils furent fermement refoulés par les trois personnes désignées par Annie Delaunay. Certains virent le linge recouvrant le corps et poussèrent un cri d’étonnement.
- Cachez-moi ce corps tout de suite, cria rageusement Annie Delaunay. Bon, je voudrais savoir qui est le plus haut responsable parmi vous ?
- C’est moi, dit Lenormand en s’avançant, je suis le patron de cette société. Je vous présente Mad….
- Bien, où pouvons-nous nous installer pour les interrogatoires ? Mesdames, dit-elle en s’adressant à Augustine et à Amandine Dupin, je vous prierai de rester ici dans ce hall d’entrée. Bien sûr, vous pouvez vous asseoir. Deux de mes adjoints vont rester avec vous : Aline et Edouard restez avec ces dames.

Puis à Lenormand :
- Monsieur, pouvez-vous me suivre ? Y a t-il une salle de réunion à l’étage, demanda Annie Delaunay ?
- Oui, dit Lenormand, en marquant une certaine réticence, c’est par ici, à gauche après le 3ème bureau.

L’équipe de policiers qui avait été bloquée en bas arriva enfin. Ils étaient une dizaine.

Augustine remarqua qu’en passant devant la porte de son bureau, Annie Delaunay avait aperçu les schémas d’implants de cerveau et de casques neurométriques qui étaient affichés sur les murs. Malgré l’attitude de réserve et de neutralité dont elle tenait à faire preuve, la commissaire ne put s’empêcher de marquer un temps d’arrêt et une surprise vite réprimée. Puis, toujours suivie de Lenormand, elle alla vers la salle de réunion, jeta un coup d’œil circulaire et dit :
- Non, c’est trop grand ici, et il y a trop de portes. Ce n’est pas propice à un interrogatoire. Je préfère me mettre dans un bureau.

Elle revint vers les ascenseurs, et après avoir ouvert les portes de différents bureaux, elle se dirigea vers celui de Lenormand.
- Bien, celui-ci sera très bien :
- Mais c’est mon bureau, dit Lenormand, et je voudrais…
- Vous y voyez un inconvénient ?
- C’est-à-dire que…puis se tournant vers Amandine.
- Amandine, dit il, avez-vous…
- Monsieur, à partir de cette minute et tant que je le jugerai utile, vous ne devrez vous adresser à personne sans mon autorisation.
- Mais vous me soupçonnez de quelque chose ?
- Monsieur, si vous voulez bien me suivre.
Annie Delaunay s’effaça pour laisser passer Lenormand devant elle. Elle s’installa dans le fauteuil présidentiel et invita Lenormand à s’asseoir en face d’elle.

Là s’arrêta ce qu’Augustine put voir.
Voici l’interrogatoire de Lenormand tel qu’il a été enregistré :
 
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Jean-Pierre Grivois - 2013
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Chapitre 1 - Ce qu’a vu Augustine - Jeudi 5 Juin 2026 – 7h
Chapitre 2 – Les interrogatoires – Jeudi 5 Juin 2026 – 9h30
Chapitre 3 - Conférence internationale à Saint-Denis - Jeudi 5 Juin 2026 – 12h15
Chapitre 4 - Le dénouement - Jeudi 5 Juin 2026 - 16h